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Vous avez annoncé que L'Odyssée Sibérienne était votre dernière expédition ?

La dernière d'une longue série qui a commencé à l'age de 16 ans, dès que j'ai pu quitter le cocon familial pour mettre corps à mes rêves d'enfant, tous consacrés à cette partie du monde que j'appelais déjà : les pays d'en haut.

La dernière, car cela fera bientôt trente ans que je ne fais que partir, revenir...

Au terme de ce périple qui sera le dernier de ce type, je serai comme un joueur de football qui, un jour, doit savoir raccrocher les crampons et mettre un terme à sa carrière professionnel.
Pour autant, on peut continuer à jouer en amateur et c'est à cela que j'aspire aujourd'hui.
Repartir simplement, les chiens et moi, pour des projets modestes qui ne nécessiteront pas pour leur mise en place et leur financement d'opérations médiatiques et de commanditaires.
Tout cela me fatigue et ne correspond plus à ce que je veux faire. J'en ai marre d'être le héros du Grand Nord, d'autant plus que je ne me sens pas du tout l'âme d'un héros. Je ne suis qu'un voyageur, amoureux de ces grands espaces sauvages abîmés. Et c'est là une raison suffisante pour arrêter.
Je ne voyage plus comme autrefois, les yeux grand ouverts, émerveillés par les beautés du monde et ses grandes étendues blanches, car celles-ci ne sont plus tout à fait blanches. Depuis quelques années, la situation s'est tellement vite et concrètement aggravée que partout et au cours de chacun de mes voyages, j'ai constaté ces dégradations.

En même temps que j'ouvrais les yeux sur une situation planétaire déplorable et plus particulièrement alarmante dans le grand nord très fragile, je me suis rapproché de ceux qui savent et j'apprenais. Aujourd'hui, je ne voyage plus avec la même insouciance et le même plaisir. Je sais combien la situation est grave et combien éphémère est cette vie, partout menacée. Bientôt mes rêves deviendront des cauchemars. Les ours polaires auront disparu car la banquise sur laquelle j'ai eu tant de plaisir à voyager aura fondu.

Au terme de ce grand projet, le dernier, je veux consacrer ma vie à autre chose. J'ai la prétention de pouvoir être utile autrement car je voudrais en quelque sorte rendre à la nature tout ce qu'elle m'a donné jusqu'ici. Quel travail !

Ce projet, cette traversée de la Sibérie est le dernier tout en étant le premier car il prenait un sens tout particulier grâce à cette opération parallèle d'éducation à l'environnement que nous avions monté.

Je ne voyage plus pour mon simple plaisir et celui de le faire partager aux autres mais avec une volonté affichée de montrer ce qui ne va pas et l'importance d'agir pour que les générations futures puissent voir des ours polaires autrement que sur un livre sous la rubrique : animaux disparus, par notre faute.

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