| 17 ans.
L'été de mes 17 ans, je me suis embarqué avec deux copains d'enfance.
Il existait une carte Inter-Rail réservée aux jeunes, qui coûtait quatre ou cinq cents francs. On a tous les trois acheté cette carte à la Gare du Nord et on est monté dans le train pour n'en redescendre qu'au terminus : on était arrivé à Kiruna, en Laponie, au delà du Cercle polaire.
Là, on est parti à pied vers les hauts plateaux, sac au dos, comme des touristes. On avait 3 ou 400 francs pour deux mois et nos cannes à pêche, ça nous paraissait bien. A l'époque, des éleveurs de rennes vivaient encore sur les plateaux, nous espérions bien les trouver. On a vu les rennes, mais on a vraiment failli mourir de faim.
On savait pêcher en Sologne, mais là-bas ça ne marchait pas. Si on n'attrapait pas un poisson, on allait crever: à ce régime-là, tu apprends vite. Tu passes vingt heures s'il le faut au bord de la rivière, mais tu finis par découvrir l'endroit où il y a du poisson. Alors tu réfléchis, tu te dis: pourquoi j'ai trouvé un poisson là, et pas là?
Le lendemain, tu retournes au même endroit, et tu en attrapes un autre. Tu essaies de comprendre pourquoi le poisson se plaît ici plutôt qu'ailleurs...
Tu apprends.
Aujourd'hui, vingt ans plus tard, j'arrive à deviner quel animal va se trouver à quel endroit, à quel moment. Je ne me trompe plus beaucoup. Dans une vallée immense, je vais pressentir que des élans, à telle heure, vont se trouver à cet endroit précis. Et quand ce que j'ai pressenti se réalise, que je découvre effectivement les élans, c'est une joie fabuleuse...
Ce premier voyage a été une révélation pour moi, les rennes, les grands lacs, ce nord qui m'habitait depuis des années... J'ai compris que c'était quelque chose d'essentiel pour moi, et à partir de là je n'ai plus regardé les cartes du monde qu'en haut. Toutes ces immensités qu'il me restait à explorer...
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