Extraits
Pages 17 et 21 : Otchum n'est pas un chien de traîneau à proprement parler . C'est un laïka , chien de chasse sélectionné et dressé depuis des générations par les chasseurs sibériens pour poursuivre dans la neige zibelines , wolverines et ours . Une sorte de chien de chasse à courre des neiges .Athlètes puissants , endurants , courageux et intelligents , capables de faire face à de multiples situations difficiles comme le face à face avec un ours ou un carcajou dans un mètre de neige .
Page 73 : Nous repartons donc de Kezachié avec deux petites boules de poils adorables qui tiennent dans les poches de nos vestes .Je baptise ma boule, Jana, Volodia baptise la sienne. Nous sommes gagas de nos petites mascottes devenues l'objet de toutes nos attentions . Otchum, à notre plus grande surprise, se prend lui aussi d'affection pour les jeunes chiots qui l'adoptent aussi, même s'il manifeste de temps à autre son exaspération à l'image d'une mère qui endure les pleurs et les caprices d'un nouveau-né. Il faut dire que les chiots passent leurs journées à lui monter sur le dos, lui mordre les oreilles et la queue, lui labourer la truffe de leurs petites griffes acérées, en un mot à l'emmerder comme seul est capable de le faire un chiot de deux mois. Il est étonnant de voir la patience dont il fait preuve. Par moments, il va même jusqu'à nous faire pitié tant il affiche une mine de chien battu subissant la pire des tortures. Par moments aussi, mais plus rarement, il se prête de bonne grâce au jeu, allant même jusqu'à y participer. Il se met à japper, courir, puis il se retourne sur le dos en labourant l'air de ses pattes et charge les chiots qu'il évite au dernier moment , les mordille pour se laisser mordre en retour et fait mine de tomber à la renverse lorsqu'un chiot tente de le repousser. Nous éclatons de rire et Otchum se redresse brusquement comme un gamin pris en faute, cherchant dans le style de sa démarche à retrouver une dignité perdue . Nous rions de plus belle, alors Otchum, vexé, s'en va bouder un peu plus loin jusqu'à ce que j'aille lui murmurer à l'oreille des mots d'amour, "alors mon gros bagarreur", en lui massant vigoureusement les oreilles, ce qu'il adore par-dessus tout. Il retrouve vite les chiots qui se blottissent contre lui, dans le creux formé par les pattes et le ventre ; attendrissant spectacle que ce baby-sitting un peu particulier .
Page 126 :
Je tire. La balle frappe l'ours en pleine poitrine. Il grogne terriblement et, se dressant de toute sa hauteur, fouette l'air de ses énormes pattes comme s'il voulait mettre en pièces un ennemi imaginaire. Je me hâte d'ouvrir la carabine pour extraire la douille vide en essayant de ne pas céder à la panique qui me gagne lorsque je m'aperçois que l'ours m'a vu.
" vite , vite ! "
J'ai vu dans ses yeux qui me fixent l'espace d'un dixième de seconde une haine terrible. Le grizzly blessé retombe sur ses pattes et s'élance vers moi, gueule ouverte, les yeux injectés de sang. Dans quelques mètres, il sera sur moi et je n'ai pas le temps de remplacer la balle.
" Je suis fichu ! "
A ce moment-là, à la périphérie de mon angle de vision, j'aperçois une flèche noire débouler sur ma gauche pour s'interposer entre le grizzly et moi. L'ours , stoppé en plein élan par un visiteur inattendu, dévie sa charge pour attaquer mon sauveur : Otchum. J'ai alors le temps de recharger l'arme, de viser le cou de l'ours et de tirer le grizzly chargeant mon chien qui lui tient courageusement tête. L'ours s'écroule. C'est fini. Je m'avance silencieusement vers Otchum, les yeux embués par des larmes de reconnaissance et d'amour.
" Mon Otchum, mon Otchum mais comment t'es-tu détaché ? comment as-tu su que j'avais besoin de toi ? "
En marge de nos perceptions sensorielles, commence un monde dont nous ignorons la plupart des pays. En admettant que les animaux soient animés de facultés échappant souvent à notre compréhension, l'homme respecte une différence qui peut l'aider à redescendre de son piédestal.
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