Je ne suis ni un scientifique, ni un homme politique, je suis un témoin, une sorte d'ambassadeur de la nature. Je prétends bien connaître le Grand Nord où pendant trente ans j'ai traversé toutes les parties les plus sauvages de ces fantastiques mais fragiles pays d'en haut. Malheureusement, ce que j'ai vu ces dernières années m'inquiète et m'attriste et j'ai décidé de le dire.
En voici quelques exemples :
L'eau
Le Triste sort des caribous de montagnes
Le cas du renard polaire
Gaspillage
L'eau
L'eau est partout. Pourtant en Sibérie, très peu de villages sont équipés d'un système d'eau courante. En plein hiver, on aperçoit de vielles femmes courbées par les ans, allant vers le fleuve avec deux sceaux portés à chaque extrémité d'une perche de bois passée sur le dos.
Le trou d'eau fait dans le fleuve gelé est recouvert d'une peau de rennes ou de cheval, voir de quelques couvertures. Malgré cette protection, chaque matin, au moyen d'un pic en acier, il faut pourtant casser la glace qui s'est reformée durant la nuit. Puis, une fois que les sceaux ont été remplis, il faut remonter la berge verglacée dans laquelle des marches sont taillées, traverser le village jusqu'à la cabane ou l'eau est précieusement gardée prés du poêle. Dès lors, comment imaginer que celle-ci soit gaspillée comme nous le faisons tous, chez nous, alors qu'il suffit de tourner un robinet pour recevoir eau chaude ou froide, en quantité.
La plupart des villages de Sibérie sont installés au bord des rivières, des fleuves ou des lacs. Pourtant, la plupart d'entre eux ne disposent pas de l'eau courante car le froid intense qui règne en hiver, nécessite l'installation d'infrastructures très coûteuses. Été comme hiver, l'eau est apportée chaque jour jusqu'à la maison. On pourrait croire que la tâche est plus aisée en été qu'en hiver. Il n'en est rien car en été l'eau croupie et ne se garde pas. En hiver, le froid conserve l'eau sous forme de blocs de glace que l'on peut stocker dehors en gros blocs de dix kilos . On les rentre pour les faire fondre au fur et à mesure de la consommation. Quoi qu'il en soit, l'eau est précieuse car chaque litre a été porté, chaque kilo de cette glace à été scié, transporté. Les Sibériens l'économisent et en utilisent dix fois moins que nous alors qu'ils vivent souvent au bord de grand fleuve ou de lacs énormes qui représentent d'énormes réservoirs d'eau.
Le Triste sort des caribous de montagnes
Dans les montagnes Sayan, il existe des petites hardes de caribous qui vivent dans les hauts alpages se nourrissant du lichen qui pousse en altitude. Depuis quelques années les scientifiques ont mesuré que la surface de ces prairies de lichen avait tendance à se réduire ou à disparaître de certains endroits. Le lichen est remplacés par des plantes herbacées qui sont mieux acclimatée au climat de plus en plus doux. Le problème est grave pour tous les animaux qui dépendent de cet écosystème spécifique parce qu'ils ne peuvent faire comme leur cousin nordique qui migre vers le nord . Les caribous de Montagnes ne peuvent franchir les quelques milliers de kilomètres qui les séparent de la toundra et ils ne peuvent monter plus haut que le sommet des montagnes ! Ils sont donc condamnés à disparaître et avec eux de nombreuses espèces dépendant directement de cet écosystème spécifique.
Le cas du renard polaire
C'est un petit renard tout blanc, cousin de son grand frère le renard roux, plus charpenté et bien plus gros que lui. Le renard polaire vis dans la toundra et ne s'aventure jamais en forêt. Le réchauffement climatique à eut pour conséquence la migration vers le nord de nombreuses espèces que l'on ne voyait jamais à ces latitudes. Ainsi le renard polaire est monté plus haut. Il s'est donc retrouvé directement en concurrence avec le renard polaire. Or celui-ci ne fait pas le poids. Il a donc laissé ses territoires au renard roux qui les a colonisés sur des surfaces de plus en plus grandes. Le renard polaire est remonté de plus en plus vers le nord, mais par endroits le nord, c'est la mer arctique ! Alors le renard blanc a disparu sur certaines régions, victime directe de ce réchauffement climatique dont on peut voir aujourd'hui concrètement les effets dans le Grand Nord.
Gaspillage C'est l'un des problèmes majeurs de notre époque. Nous consommons outrageusement, pillant la plupart des réserves de notre pauvre petite planète. Un groupe de scientifiques a calculé qu'il nous faudrait deux terres pour faire face à la demande, ce qui constitue le double de ce que la planète peut fournir. Il en est ainsi du bois, des poissons, de la plupart des matières premières. Nous consommons immodérément, jetons, brûlons sans recycler tout ce qui pourrait l'être. Nous le faisons la plupart du temps parce que nous avons perdu le contact avec la nature. Quand nous mangeons de la viande, nous avons oublié qu'il a fallu pour cela, qu'un animal meurt.
Dans un restaurant de Whitehorse, au Canada, l'un de mes amis, trappeur avait été horrifié de voir la quantité de poissons et de viande que les gens laissaient dans leurs assiettes. Toute cette précieuse nourriture gaspillée, jetée avec un irrespect total pour l'animal. Ce trappeur m'avait dit « Tu vois, un Indien ou un trappeur est incapable de faire ça ! Parce que nous, nous sommes obligés de tuer nous-même pour manger. L'homme, dit civilisé, a perdu toutes ces notions propres à nos cultures parce qu'il est totalement coupé de la nature. Les enfants du 21ème siècle pense que la viande et le poisson sont fabriqués en usine ! »
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