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Quelques grands corbeaux planent au-dessus des chiens pour tenter de leur grappiller un peu de la nourriture que je leur distribue au petit matin. Ils grognent avec plus ou moins d'agressivité en fonction de l'insolence des corbeaux.
Ce matin, il y a un peu de vent qu'on entend miauler dans les sapins mais pas suffisamment fort pour masquer le caquètement des lagopèdes rassemblés au bord du lac.
Je sors de la cabane, caresse quelques chiens qui
gémissent de plaisir alors que d'autres,
impatients, le font savoir aussi en bondissant en tout sens.
Je me dirige vers le lac dont toute une partie est recouverte d'une belle glace dont on entend les craquements alors que plus loin s'élève encore le hurlement des loups qui n'a pas céssé de toute la nuit et auquel répondait les chiens.
Au bord du lac, dans les pins qui s'accroche à la rive, je dérange un écureuil qui s'en va en colère alors que s'envole la compagnie de lagopèdes qui s'en va, avec le jour, rejoindre la profondeur de la forêt.
Le vent a soulevé de petites vagues qui forment un petit clapot dans la crique où j'ai amarré mon canoë. Dès que nous sortons de la crique,
celui-ci s'intensifie.
Je pagaie jusqu'à l'entrée de la rivière, rapide dans sa première partie, puis plus calme au-delà. C'est là que j'ai posé le filet. Je le relève. Il y a quelques truites que je détache sous l'œil goguenard de petits oiseaux qui n'ont pas encore, en ce début d'hiver, tous rejoint les territoires du sud.
Lorsque je reviens à la cabane, les chiens sentent que le départ est proche et saute en tout sens en aboyant.
Je les attelle et nous partons. Les chiens plongent dans leur harnais dès que je donne l'ordre du départ.
Le traîneau glisse en sifflant, comme de plaisir, sur la piste tracée hier soir, dans la toute nouvelle neige fraîche.
Nous allons un bon moment dans le bois.
Je les encourage de la voix à garder le galop, ce qu'ils font de bon cœur. Lorsque nous arrivons sur la petite rivière gelée que nous allons suivre quelques temps, je ralenti la course car il faut rester, ici, vigilant.
On entend encore
l'eau sous la glace, prouvant si besoin est, que l'épaisseur est fragile.
Le
bruit de toutes les pattes de mes chiens se marie à celui de leur souffle qui se fait régulier.
Vers midi,
le vent forcit. Nous faisons demi-tour et rentrons sur nos traces qui ont gelé jusqu'au canyon à l'intérieur duquel nous faisons une petite boucle avant de rentrer, fourbus et heureux de cette première sortie de l'hiver.